La pratique de la moxibustion remontent vraisemblablement à la dynastie Shang, aussi dénommée dynastie Yin (environ 1600–1046 av. J.-C.). Des inscriptions gravées sur des plastrons de tortue et des omoplates d'animaux, connues sous le nom de Jiagu Wen, indiquent que les anciens Chinois employaient déjà des méthodes de chaleur localisée pour soulager leurs maux.
En outre, ces inscriptions laissent supposer que la moxibustion était pratiquée avant l’émergence de l’acupuncture même. Ces textes suggèrent une connaissance préliminaire des trajets énergétiques, plus tard appelés méridiens, bien avant leur codification systématique dans les textes médicaux des dynasties Qin et Han.
Une documentation plus élaborée émerge assez récemment, suite à la fouille archéologique de 1973 à Mawangdui, dans la province du Hunan. Ces rouleaux de soie et de bambou, remontant aux dynasties Qin (221–206 av. J.-C.) et Han (206 av. J.-C.–220 ap. J.-C.), fournissent un panorama détaillé de la moxibustion à cette période, marquant un tournant dans l'histoire de la médecine chinoise. Parmi les découvertes de la tombe n° 3, qui abritait les restes de Li Xi, un homme d'une trentaine d'années décédé vers 168 av. J.-C. et fils du chancelier Li Cang (marquis de Dai du royaume de Changsha), trois traités majeurs se démarquent par leur focus sur cette pratique :
- Le Canon de moxibustion des onze méridiens yin et yang (version A) (Yinyang shiyimai jiujing – jiaben), qui décrit des trajets corporels et des points d'application pour corriger les déséquilibres énergétiques.
- Le Canon de moxibustion des onze vaisseaux du pied et de l’avant-bras, qui se concentre sur des zones anatomiques spécifiques et complète l'approche de trajets énergétiques.
- Les Prescriptions pour 52 affections (Wushier Bingfang), un recueil pionnier qui énumère en réalité 103 pathologies (bien que le titre évoque 52), propose 283 formules thérapeutiques variées — incluant des remèdes à base de plantes, des incantations et des rituels — et expose huit protocoles détaillés de moxibustion.
Ces manuscrits, conservés dans des conditions anaérobies grâce à des couches d'argile blanche et de charbon, ont révélé que la moxibustion a potentiellement joué un rôle central dans l'émergence du concept de méridiens, antérieur à l'acupuncture complète, et qu'elle était intégrée à d'autres modalités comme les exercices daoyin (précurseurs du qigong), les sorts chamaniques et les massages, formant un système holistique de santé.
A partir de cela, des chercheurs comme Harper (1998) et Unschuld (1985) soutiennent que la moxibustion, en tant que technique plus simple (application de chaleur), a pu précéder l’acupuncture, qui nécessite des outils plus sophistiqués (aiguilles métalliques) et une théorisation plus avancée du qi et des méridiens.
Quelques siècles plus tard, notamment au cours des Han postérieurs et des dynasties suivantes, les pratiques d’acupuncture et de moxibustion font l’objet d’une systématisation croissante. Des figures médicales anciennes, telles que Bian Que, sont évoquées dans la tradition comme des références fondatrices.
C’est toutefois sous la dynastie Jin que Huangfu Mi (215–282) joue un rôle déterminant en compilant le Zhenjiu Jiayi Jing, ouvrage majeur qui rassemble et organise les savoirs antérieurs, structure les relations entre acupuncture et moxibustion, et inscrit ces pratiques dans un cadre théorique intégrant les conceptions cosmologiques et philosophiques de son époque.
Cette évolution se poursuit aux dynasties Song (avec des représentations artistiques comme l'œuvre Moxibustion de Li Tang) et Qing, où Zhang Youheng publie en 1869 le Chuanwu lingji lu, un traité illustré en couleurs détaillant des applications spécifiques pour divers maux.
La moxibustion s'exporte également vers le Japon, la Corée, le Vietnam et la Mongolie, avec des adaptations locales, et atteint l'Occident au XVIe siècle via des missionnaires portugais, qui la nomment "botão de fogo" (bouton de feu), avant sa popularisation en Europe par Hermann Buschoff en 1674.
Aujourd'hui, la moxibustion est une composante essentielle de la Médecine Chinoise. Ces racines antiques, ancrées dans les découvertes de Mawangdui, illustrent comment une pratique primitive a évolué en un système thérapeutique.
Sources :
Harper, D. (1998). Early Chinese Medical Literature: The Mawangdui Medical Manuscripts. Kegan Paul International.
Unschuld, P. U. (1985). Medicine in China: A History of Ideas. University of California Press (éditions ultérieures disponibles).
Huang, C., & Liang, Z. (2017). Moxibustion in Early Chinese Medicine and Its Relation to the Origin of Meridians: A Study on the Unearthed Literatures. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine.
Wikipédia sur Moxibustion et Mawangdui (2025), articles PMC et Semantic Scholar sur l'histoire de la moxibustion
https://en.wikipedia.org/wiki/Mawangdui
Transmissions de la moxibustion et de l'acupuncture en Europe
https://shs.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2012-3-page-549?lang=fr
Moxibustion in Early Chinese Medicine and Its Relation to the Origin of Meridians: A Study on the Unearthed Literatures
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5337347/
The Case for Moxibustion for Painful Syndromes: History, principles and rationale
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9491495/
Origin of Chinese Medicine, Acupuncture & Moxibustion
https://www.heraldopenaccess.us/openaccess/origin-of-chinese-medicine-acupuncture-moxibustion
Early Chinese Medical Literature (Mawangdui Manuscripts)
https://archive.org/details/early-chinese-medical-literature-mawangdui-manuscripts-donald-harper
The Mechanism of Moxibustion: Ancient Theory and Modern Research